Les mobilisations pour les enfants sans papiers dans la presse

mardi 27 juin 2006

Libération, Nouvel Obs

Lundi 26 juin 2006 Libération

Société

Elèves sans papiers, élèves expulsés (j-5)

Des parrains pour protéger et faire pression

Par Catherine COROLLER et Fabrice TASSEL -

Vendredi, le délai de grâce accordé par Nicolas Sarkozy à des milliers de familles de sans-papiers ayant des enfants scolarisés expire. Ce sera la fin des cours, et, pour nombre d’étrangers, la menace d’une expulsion vers leur pays d’origine. Sauf que le 13 juin, le ministre de l’Intérieur a fait un pas en arrière. Devant la mobilisation citoyenne autour des familles menacées de reconduite à la frontière, il a accepté que certaines soient régularisées. Combien ? Et selon quels critères ? Aucune préfecture n’est capable de donner une réponse à ces questions. Pour maintenir la pression sur le gouvernement, Libération a décidé de parrainer un enfant sans papiers et ses parents (lire ci-contre). Cet engagement n’a pas de valeur juridique mais peut être utile pour les sans-papiers dans leurs démarches de régularisation. Chaque jour jusqu’à samedi, nous vous proposerons de parrainer une famille et consacrerons un article à cette mobilisation. Aujourd’hui, le portrait de deux parrains.

« Libération », parrain de : Mélanie Ortiz, 4 ans

par Catherine COROLLER

Elle a 4 ans, de grands yeux verts et de bonnes joues rondes. Son univers ? La France, où elle est née, et l’école maternelle Henri-Barbusse d’Arcueil (Val-de-Marne), où elle est scolarisée en moyenne section. Sa petite soeur, Ashley, 2 ans, l’y rejoindra en septembre. Libération a décidé de parrainer Mélanie Ortiz et ses parents. Son père, Jonathan, de nationalité colombienne est arrivé en France en 1999. Sa mère, Gabriela, équatorienne, en 1998. Jonathan et Gabriela se sont rencontrés ici, et y sont restés. Ils ont d’ailleurs fini par y reconstituer une tribu. Dario, père de Jonathan, et Bryan, son jeune frère, 18 ans, étudiant en deuxième année de BEP, s’y trouvent également. Eux aussi sans papiers.

Vous aussi, parrainez un enfant sans papiers. Contact : educsansfrontieres@free.fr.

Bernard et Lisbeth Capo, dessinateur et infirmière, n’ont pas hésité avant de s’impliquer : « Engagés à aller le plus loin possible »

Par Didier ARNAUD

Vierzon (Cher) envoyé spécial

Le parrainage leur a mis le nez dedans. Mi-juin, les Capo se sont engagés pour des enfants sans papiers menacés d’expulsion vers l’Algérie, les Boudouani. Depuis, cet engagement leur a fait toucher du doigt une précarité qui tranche avec leurs existences. Les Capo vivent à Saint-Martin-d’Auxigny, un petit village du Cher, à quelques encablures de Bourges. Lisbeth est infirmière dans une maison de retraite, Bernard dessinateur de BD.

Les Capo ne sont pas ce qu’on appelle des gens « politisés ». Même si lui se dit « de gauche » depuis longtemps. Ils ont deux enfants. L’aîné est lycéen. Le second est au collège. Là où sont scolarisées les filles Boudouani, Imane, 14 ans, et Manel, 17 ans. Lisbeth raconte : « On connaissait bien la famille, on avait vu des reportages à la télé, le papa s’est fait expulser en octobre, on a été contactés par le bouche à oreille. » Bernard a une certaine notoriété. C’est pour cette raison que le comité de vigilance du Cher leur a proposé ce parrainage.

Emue. Les Capo n’ont pas tergiversé. Lisbeth : « Je marche à l’instinct. Ce n’est pas un acte réfléchi, jusqu’où j’irai, je ne le sais pas. » Elle peine à commenter son engagement : « Quelque part on ressent une certaine responsabilité... » Elle se demande : « S’il faut les cacher ? On s’est engagés à aller le plus loin possible. » Ils verront. Ils sont d’accord tous les deux, à quelques nuances près. Bernard préfère le mot « implication » à celui de « combat, forcément politique quelque part », qu’elle utilise.

Ils ont rencontré la famille Boudouani deux jours avant la cérémonie de parrainage à la mairie ce 17 juin. Rania Boudouani, 38 ans, la mère des deux filles, a dit que c’était « comme dans un mariage », et elle était émue. Tout le monde l’était. Les Capo ont laissé leur téléphone, Rania a promis de les revoir pour un couscous. Lisbeth trouve Imane et Manel « coquettes, épanouies ». Elles sont en France depuis six ans. « Ce sont des battantes », ajoute Christine Cavallin, du comité de vigilance. Depuis que leur père est parti ­ elles ne savent pas s’il est « mort ou vivant » ­, leur niveau scolaire a chuté. Mais leur dignité, c’est de ne pas « montrer qu’elles vivent dans cette précarité ». Pas de meubles, un endroit propre, des matelas à terre, pour partir vite d’un lieu à un autre. Les Boudouani ont compté : ils ont déménagé plus de vingt fois. Si les deux filles partaient en Algérie, elles n’auraient pas de place au collège, parce qu’elles ne parlent pas l’arabe. Elles n’ont pas, non plus, de maison là-bas. « Elles vont être mariées à quinze ans comme l’a été leur mère. Elle nous a dit ne pas avoir envie qu’elles vivent cela », résume Lisbeth. « On n’est pas sûrs de les faire entrer dans la nouvelle circulaire de Sarkozy », dit Christine Cavallin.

Concret. Avec cette « implication » les Capo pensent, mais sans vraiment le dire, à leurs propres enfants. Aux vertus pédagogiques de leur engagement. « Là, on a tout ce qu’il nous faut, mais cela peut changer, dégénérer très vite », dit Bernard. Ensuite, ils n’oublient pas de répéter à leurs enfants qu’il n’y a pas de « purs Français ». La mère de Bernard est allemande. Son père est espagnol. Lisbeth a un grand-père belge. Elle peine à trouver un exemple familial de cette générosité-là. Peut-être avec ce grand-père, pendant la Seconde Guerre mondiale, qui a couvert la fuite d’un ouvrier allemand au risque de se faire sanctionner lui-même. Ils auraient pu s’engager dans un mouvement de sans-papiers avant. Ils ne l’ont pas fait. Peut-être n’était-ce pas assez « concret ». Elle explique ne pas être dans un « esprit de militantisme »,et plutôt vivre un truc personnel. Une expérience qu’elle n’ira pas raconter à son boulot parce qu’elle a toujours été « discrète » sur sa vie privée. Le parrainage ne regarde qu’elle. Comme si elle se trouvait un peu gênée d’afficher cette générosité.

pix_cybermetrieFrançois Porracchia, agriculteur à la retraite, veut alerter l’opinion publique :

« Vous ne pouvez pas jeter les gens comme ça »

Par Didier ARNAUD - lundi 26 juin 2006

Vierzon (Cher) envoyé spécial

La première chose qui vient à l’esprit de François Porracchia quand on évoque le sort des sans-papiers, ce sont « les colonies ». Il a beaucoup réfléchi lors de son service militaire au Maroc, en 1956. « Les tirailleurs marocains ramassaient les ordures du camp. Et les gens du cru étaient pris pour des sous-hommes. » Après, il n’a plus vu les choses de la même façon. Ce manque de dignité des colonisateurs lui a appris cette règle de ne jamais rester les bras croisés. Ce week-end, ce militant de 71 ans a parrainé une famille d’Arméniens : « Ils n’ont pas de papiers, pas de sous, sont hébergés par d’autres qui ne sont pas beaucoup mieux qu’eux au niveau financier. » Pour lui, c’est la famille Danielan avec Vartui, née en 1999, et Anna, en 2000.

Colère. François a toujours milité (à la Confédération paysanne, au PS avec Chevènement, au conseil municipal à Vierzon depuis dix ans). Mais ses « réflexes » remontent à plus loin. A 10 ans, à la Libération de Paris, il donne son adresse à « trois militaires français d’Afrique du Nord qui défilent ». Ils viendront déjeuner chez lui. Après la chute de Ceausescu, il héberge cinq Roumains dans sa ferme du Cher, pendant quinze jours. C’est peut-être du côté de la famille de François qu’il faut chercher l’inspiration de son engagement. Chez ce grand-père, piémontais, parti à l’aventure à Cuba vers 1880. Ou plutôt chez ce père, agent de change à Paris, « un humaniste », dit François. « J’ai été élevé sur une ligne droite. Je ne me pose pas de questions », explique-t-il.

Pas de questions, mais des élans de colère. Quand il repense à la situation faite par la France aux enfants sans papiers : « Par pleins bateaux on est allés chercher des mecs qui ont participé à la construction de la France. Vous ne pouvez pas jeter les gens comme ça. » Il ajoute être conscient que le problème n’est « pas simple », que la question posée à terme c’est le développement de « tous les pays en retard ».

Ordre établi. Même si ce parrainage est symbolique, il s’agit, selon lui, d’alerter l’opinion publique, pour que Nicolas Sarkozy soit forcé d’en « rebattre » un peu. François a des a priori : « Un être humain est un être humain. S’ils viennent chez nous, c’est qu’ils ont de bonnes raisons. » A Vierzon, il a connu des sans-papiers dans le besoin : un couple d’Irakiens, un militaire russe et déserteur parce qu’il ne voulait plus aller en Tchétchénie. Pour lui, il ne faut pas toujours « avoir peur de l’ordre établi » : « J’ai connu le fascisme à la française, je ne tiens pas à ce que cela recommence ». François dit qu’à son âge, il a assez de recul pour dire des choses à n’importe qui. Comprendre : quelle que soit sa fonction. « Et ça ne me vaut pas que des amitiés, mais un certain respect. »


Le Nouvel Observateur

NOUVELOBS.COM | 25.06.06 | 18:01

EXPULSIONS

Parrainages en série d’enfants sans-papiers

A cinq jours de l’ouverture de la "chasse à l’enfant", le Réseau éducation sans frontières appuie la mobilisation.

Le 1er juillet est la fin du "sursis" accordé par le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy aux jeunes sans-papiers scolarisés et à leurs familles pour quitter la France. En amont de cette date, le Réseau éducation sans frontières (RESF) a multiplié les parrainages samedi 24 juin, partout dans le pays, pour tenter de les protéger d’une expulsion ou même les "cacher". RESF et le collectif "Uni(e)s contre une immigration jetable" ont aussi prévu le 1er juillet de manifester dans Paris contre les expulsions. La manifestation "partira à 15h00 de la place de la Bastille jusqu’à Bercy, à l’issue de laquelle il y aura une cérémonie d’ouverture de la ’chasse à l’enfant’. On va aussi ajouter un titre au ministre de l’Intérieur en le nommant ’ministre de la chasse à l’enfant’" a annoncé le porte-parole de RESF, Richard Moyon. Le Réseau éducation sans frontière est constitué notamment d’associations de défense des droits de l’Homme, telles que la Ligue des droits de l’Homme, le MRAP ou la Cimade, de syndicats, et est soutenu par différents partis politiques comme la LCR, le PCF et les Verts.

"Même au Sénat"

"Les parrainages ont commencé en janvier. C’est un mouvement protéiforme, qui prend une ampleur énorme aujourd’hui. Ils peuvent être individuels ou collectifs, sont organisés dans des mairies, des églises, des écoles, des cinémas et même au Sénat. Nous en recensons plusieurs centaines", a fait savoir Richard Moyon. Ainsi, le maire PS de Paris, Bertrand Delanoë, a remis samedi matin à la mairie du 9ème arrondissement un certificat de parrainage "aux enfants menacés d’expulsion du territoire français" de douze familles, en présence du maire d’arrondissement Jacques Bravo (PS), a annoncé la mairie de Paris. Le Conseil de Paris a voté en juin un voeu permettant à la Ville de Paris de mettre en ligne plusieurs pétitions de soutien et de proposer aux associations RESF et Droits des Migrants de tenir des permanences sur le parvis de l’Hôtel de Ville pour recueillir des signatures de Parisiens. Les Parisiens se sont massivement mobilisés en faveur de ces enfants et plusieurs d’entre eux ont souhaité les soutenir en devenant leurs parrains ou marraines.

Expulsion d’un thésard à Marseille

A Marseille, entre 700 et 800 personnes, des adultes sans-papiers et leurs enfants, selon une estimation du RESF, ont été "parrainées" samedi à la mairie des 15e et 16e arrondissements, alors qu’un étudiant tunisien était expulsé. Fathi Toualbi, étudiant en DEA de météorologie à la faculté d’Aix-en-Provence, a été "expulsé par bateau à 14H30 samedi à destination de la Tunisie", a-t-on appris auprès de la préfecture des Bouches-du-Rhône. "Il devait pouvoir finir son diplôme pour s’incrire en thèse et on n’a pas voulu lui laisser le temps de finir les examens qui lui manquaient alors que la faculté avait informé la préfecture que c’était réalisable", a fait savoir Florimond Guimard, un des animateurs de RESF à Marseille. "La préfecture vraisemblablement, dans ce bras de fer, a voulu aller coûte que coûte jusqu’au bout, mais dans quel intérêt ? C’est inexplicable et c’est un scandale", a-t-il ajouté. Les associations et partis politiques membres de RESF s’était mobilisés pour cet étudiant, notamment jeudi lorsqu’il devait être expulsé par avion, au départ de Marignane.

Veille dans le Bas-Rhin

A Strasbourg, un "pique-nique de la solidarité" a réuni samedi les parents d’élèves d’une maternelle de Strasbourg, venus soutenir une écolière de cinq ans risquant, avec sa famille guinéenne, une expulsion du territoire français. La mère Fatouma Diakité, arrivée en France en septembre 2000, a fait depuis cinq demandes de régularisation au titre de l’asile politique, puis à titre exceptionnel et humanitaire. Sans papier ni travail, elle vit avec une autre famille dans un studio en attendant une décision de la préfecture. Une centaine de personnes, dont la députée européenne socialiste Catherine Trautmann et le député PS Armand Jung, étaient venus soutenir la famille. Elles font partie des 150 premiers signataires d’un appel d’élus et de personnalités du Bas-Rhin, qui s’engagent à parrainer des enfants menacées d’expulsion et à établir une "veille" durant l’été.

Appel à la désobéissance

Enfin, RESF, des syndicats du secteur aérien et des syndicats étudiants et lycéens ont lancé, samedi, dans un communiqué, un appel pour que les personnels au sol et navigants s’opposent aux expulsions des élèves sans papiers. "Les personnels des plate-formes aéroportuaires ne peuvent fermer les yeux sur ce qu’on leur demande de faire, écrivent-ils dans ce communiqué. Ils ont pour mission de faire voler des avions transportant des passagers ou du fret, pas des hommes et des femmes menottés et scotchés à leur siège". Plusieurs syndicats du secteur aérien (Sud aérien, CGT Roissy, CFTC Roissy, CFDT Paris Nord et Roissy) et des syndicats étudiants et lycéens (Unef, UNL) ont signé cet appel lancé avec RESF, qui organise des mobilisations pour empêcher des expulsions d’élèves ou de parents d’élèves.


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