Enfants expulsés : le tollé

mercredi 24 mai 2006

LA DEPECHE DU MIDI : Article paru le 23/05/2006

IMMIGRATION. APRÈS L’ÉCOLE, L’EXPULSION ? EN FRANCE, 10000 ENFANTS DONT LES PARENTS SONT EN SITUATION IRRÉGULIÈRE, RISQUENT D’ÊTRE RENVOYÉS DANS LEUR PAYS D’ORIGINE À PARTIR DU 1ER JUILLET. FACE À LA MENACE, DES COLLECTIFS SE FORMENT.

Sarah, Inès, Kheira, Djamila, Rachel, Samuel, sont des enfants comme les autres. Des écoliers comme les autres. Sauf qu’aux yeux de la loi, ce sont des étrangers en situation irrégulière. Et, dans quelques semaines, ils risquent d’être arrachés à la France de force. Pour être expulsés vers leur pays d’origine. Reconduits à la frontière, comme le prévoient les textes, dans toute leur sécheresse administrative.

Au plan national, on estime à plus de 10 000 le nombre d’enfants « expulsables ». Pourquoi ? Parce que leurs parents venus d’Afrique, d’Asie, d’Europe de l’Est ou d’ailleurs, sont dépourvus de titres de séjour. La stricte application de la loi pourrait amener un départ sans délai. Mais, dans une circulaire du 31 octobre 2005, le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, a demandé aux préfets de suspendre jusqu’aux grandes vacances, les expulsions des jeunes majeurs scolarisés et des parents sans papiers d’enfants intégrés dans le milieu scolaire, afin de permettre aux élèves de terminer leur année d’études. D’ici au 1er juillet, donc, si les préfectures respectent cet engagement public, aucune « sortie » précipitée du territoire ne devrait être provoquée avant cette date couperet. Mais, la solidarité s’organise sans attendre dans les milieux scolaires, associatifs, syndicaux et avec l’appui de nombreux élus, pour éviter à ces « enfants en sursis » un brutal retour dans des pays où ils pourraient se trouver en danger...

« Nous les prenons sous notre protection », clame le Réseau Éducation sans frontières (RESF), en tête de l’appel lancé le 27 avril dernier. Une pétition qui a recueilli plus de 12 000 signatures en ligne. À Toulouse, RESF fait école en lançant le parrainage des écoliers sans papiers. Plus d’une vingtaine de personnalités du monde politique, universitaire, culturel, artistique, ont accepté spontanément de prendre des enfants sous leur aile, pour tenter d’éviter l’expulsion à la date fatidique. Jean-François Mignard, président de la Ligue des Droits de l’Homme de la Haute-Garonne, insiste sur « la nécessaire fonction de veille de détection et d’information » à mettre en œuvre pour traiter les cas en amont, chaque fois que cela est possible. RESF se mobilise aussi pour « accélérer le processus de régularisation des dossiers en attente ». Ainsi, précise Jean-François Mignard, « au collège de Saint-Jean, le cas d’une enfant ukrainienne, affectée par de gros problèmes de santé, a pu être réglé favorablement ».

Pour Jean-François Mignard, la tâche est considérable et le temps presse. Il redoute en effet « l’ouverture prochaine d’un centre de rétention de 140 places à Toulouse ». Cette structure, qui sera inaugurée à la mi-juin, est prévue pour assurer l’accueil des familles...avant l’expulsion. Une raison supplémentaire de faire monter la pression, avant un été à hauts risques .

Pierre Escorsac

CETTE ÉCOLIÈRE TOULOUSAINE POURRA RESTER EN FRANCE.

Un mouvement exemplaire pour Sarah

« Nous nous sommes rendu compte que les parents de Sarah étaient expulsables presque par hasard, tant cette famille était discrète, raconte Brigitte Massat, la directrice de l’école élémentaire Etienne-Billière à Toulouse. Nous avions organisé une classe transplantée en Espagne. Et le père nous a alors expliqué qu’il était impossible que Sarah passe la frontière, car elle n’avait pas de papiers ».

L’histoire de Sarah est exemplaire. Son père, algérien, a dû fuir son pays sous la menace des islamistes. Et n’avait pas obtenu le statut de réfugié, malgré les menaces de mort qui pesaient sur lui.

Lorsqu’il fut convoqué à la préfecture, c’est une mobilisation exceptionnelle qui s’est réalisée autour de Sarah. Pour personne, il n’était question d’arracher cette petite fille brillante et joyeuse à son école et à son prochain passage en sixième.

« Nous nous sommes rapprochés des associations, poursuit Brigitte Massat. Dans l’école, tous les adultes ont fait front. Les dix enseignants, les personnels techniques de la mairie de Toulouse, l’équipe du centre de loisirs, les parents d’élèves, tous ont été unanimes. » Une mobilisation appuyée par le réseau Éducation sans Frontière, la Ligue des Droits de l’Homme et une cause plaidée en haut lieu par les élues socialistes du quartier, Yvette Benayoun-Nakache et Martine Martinel.

Quelques jours plus tard, le préfet régularisait le dossier : Sarah pourra rester en France avec sa famille. Mais l’équipe enseignante reste très vigilante, et prête à remonter au créneau :

« Je sais qu’il y a deux autres enfants dans le même cas, rien que dans mon école, assure Brigitte Massat. Et il y a 195 écoles à Toulouse, les collèges, les lycées... »

Des dizaines de petites Sarah...

D. D.

EXPULSABLE DEMAIN.

Inès, lycéenne de 18 ans : « Ils ne veulent pas de moi »

« Une carte de séjour, c’est rose et jaune et j’en rêve... grave ». Inès, 18 ans, sans carte de séjour est expulsable dans deux jours. « J’avais 13 ans, lorsque je suis arrivée de Tunisie en France avec maman, mes frères et ma petite sœur. Nous retrouvions mon père. On allait enfin vivre tous ensemble et être heureux. »

Cinq ans après, le rêve d’Inès s’est brisé. Il ne reste plus aucune trace de l’adolescente douce et timide arrivée à Toulouse en 2000. C’est une jeune femme révoltée qui raconte : « J’étais tellement contente de venir vivre en France. Je me disais que c’était le pays où je voulais vivre, où j’allais vivre et me promener avec mes parents. »

À l’arrivée sous un soleil de plomb dans le port de Marseille succèdent les images de « cauchemar de l’explosion d’Azf ».

MAUVAIS JOURS

Un appartement soufflé, une petite sœur blessée, des parents complètement affolés, une perte d’audition pour Inès... Les nuits d’Inès, 18 ans depuis le mois de mars, sont peuplées de « ce souvenir terrible » et de ce mauvais tour que lui la France. « Un beau pays, sauf qu’ils veulent pas de moi ».

Depuis le début de l’année, les mauvais jours se répètent pour cette élève en classe de comptabilité dans un lycée professionnel de Toulouse. Sans carte de séjour, elle n’a pu trouver les stages correspondant à sa spécialité.

Toutes les démarches entreprises auprès de l’administration n’ont pas abouti. Désespérée, Inès, qui fait l’objet d’une reconduite à la frontière applicable d’ici à deux jours, a déjà tenté par deux fois d’en finir avec la vie. « Puisque je n’existe pas, autant que je n’existe plus... »

À la maison, pas un jour sans parler de la carte de séjour après laquelle elle court tout comme son père sans-papiers qui travaille en France depuis 23 ans. « Sarkozy a bien dit que ceux qui travaillaient et avaient un logement seraient régularisés... »

Martine Cabanne

Mobilisation de la maternelle au lycée

En raison des apports de population et d’une démographie exponentielle, Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Perpignan, sont évidemment exposées à la menace d’expulsion qui pèse sur des enfants étrangers scolarisés. Mais, contrairement à ce que l’on pourrait penser ce phénomène n’est pas seulement urbain. Il commence à gagner les départements du Grand Sud.

A ALBI, TARBES ET CARCASSONNE

Ainsi, hier soir à Albi, une réunion d’information était organisée par le réseau d’éducation sans frontières et des associations de parents d’élèves, pour sensibiliser l’opinion. « Nous avons sept familles concernées dans le Tarn, avec des mineurs scolarisés », nous a confié une porte-parole du mouvement de soutien. Les Hautes-Pyrénées sont également en première ligne dans ce débat. À Tarbes, un couple russe avec deux enfants de 3 et 11 ans, attend d’être fixé sur son sort. Mais c’est à Lannemezan que se concentrent les problèmes avec une maman venue d’Azerbaïdjan avec son enfant scolarisé en primaire, un couple afghan avec un bébé et un adolescent, un couple albanais avec un enfant en maternelle, un couple arménien avec un enfant. A Foix, on se borne à déclarer que « plusieurs familles sont concernées ».

En revanche, la question est ouvertement posée à Carcassonne à travers quatre cas : une Marocaine, qui va passer son bac au lycée professionnel Charles Cros, deux Marocains de 20 ans et une jeune algérienne de 10 ans scolarisée à Pech-Marie. En Haute-Garonne, on évalue à une centaine d’enfants et d’adolescents le nombre d’écoliers clandestins.

À Cugnaux, un collectif s’est créé autour de Kheira, 4 ans dont les parents algériens demandent depuis 5 ans, l’asile territorial. Une réunion de mobilisation est prévue pour le lundi 29 mai à 18 h 30 à la maternelle Eugène-Montel. P.E.

BILLET

Un peu nos enfants

Dominique Delpiroux

Le Sud regarde vers le Nord avec des yeux fous d’espoir et un ventre affamé. Ils sont prêts à mourir dans les mers des Canaries ou sur les barbelés du Maroc pour échapper à la famine. On comprend. Mais un pays comme la France peut-il ouvrir grand ses portes ? Le débat est déchirant, car chacun sait que cela est impossible. L’immigration mériterait un vrai débat citoyen. Cela éviterait aux extrémistes de s’en emparer. Il faudrait y mettre en balance la responsabilité de notre pays vis à vis des nations pauvres et notre capacité à pouvoir accueillir dignement ceux qui veulent travailler chez nous.

En attendant, appartenir à l’Humanité nous oblige à avoir un regard bienveillant sur ces enfants qui, grâce à l’école de la République, sont devenus un peu les nôtres.

LA LOI

Le texte se durcit

Pour lutter contre l’immigration clandestine, s’applique la loi de novembre 2003 relative au séjour des étrangers en France. Ce texte prévoit notamment l’expulsion de personnes en situation irrégulière. La dernière en date remonte au 15 mai avec un « vol groupé » Paris-Bucarest, de 22 ressortissants roumains. Celui qui cache un sans papiers encourt 5 ans de prison et 30 000 € d’amende.

Dans le cadre de la nouvelle loi Sarkozy, dite de « l’immigration choisie », le ministre de l’Intérieur souhaite doubler les expulsions effectives d’étrangers sans papiers en 2006. Ce qui porterait le nombre de reconduits à la frontière à 26 000, sachant que 10 000 enfants scolarisés seraient concernés.


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